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[Chroniques]

L’apprentissage du kata et de ses bunkais est indissociable. En gros bunkai signifierait séparer le kata en parties. Le bunkai oyo serait l'application pratique avec partenaire de ces parties. Le bunkai oyo omote serait l'aspect superficiel du bunkai pour apprendre le kata. C’est ce que l’on enseigne généralement au débutant. Le bunkai oyo omote henka signifierait l'apprentissage des variantes entre les différents bunkai omote (par exemple entre différents styles de karaté qui enseignent le même kata). Le bunkai oyo ura est l'application cachée ou avancée de la technique. Finalement le bunkai oyo honto serait l'application la plus réaliste ou réelle possible (omote ou ura) du bunkai oyo.

J’ai débuté le Kenpo au dojo de Pierre Marceau entre autres parce que je ne trouvais pas de réponses satisfaisantes à plusieurs aspects de mon karaté. Bien sûr mon style de karaté m’a permis de développer de bonnes techniques, de bonnes positions, suffisamment de puissance et de vitesse pour que j’en tire plaisir. Cependant, la pratique régulière de mes katas me laissait sur ma faim puisque nous pratiquions très peu de bunkais réalistes ou de techniques d’autodéfense. Au dojo de Renshi, je n’ai pas pratiqué mes katas Shotokan mais le travail des techniques d’autodéfense, leur variété, leurs évolutions dans le temps ainsi que la variété des experts qui sont venus au dojo m’ont permis de les appréhender avec beaucoup plus de réaliste. Je suis certain que tout cela m’a rendu un meilleur artiste martial. Pour être utiles, les katas doivent être près des techniques d’autodéfense du style. J’ai découvert à travers les katas de Kenpo comme Tora, Yukiou et Tsuru ; des katas très proches de ce qu’enseigne Renshi dans les techniques de son tableau. Pour moi ce sont donc des katas significatifs.

Dernièrement, je me suis amusé à tenter de reproduire l’état d’esprit des maitres à l’origine des katas. Les katas étaient alors très imbriqués avec les techniques d’autodéfense enseignées. En fait ils étaient indissociables l’un de l’autre. Les katas servaient à conserver en mémoire les techniques du maitre et à garder intact l’esprit du maitre pour le moment où il ne serait plus là. Ils servaient aussi à augmenter le volume d’entrainement aux différentes techniques et à varier les contextes d’exécution de ces techniques pour les rendre plus automatiques, plus fortes et plus applicables. Certains parmi les élèves du dojo ont pu pratiquer mes réflexions sur ce qu’aurait pu être un kata constitué de la première ou des deux premières séries des techniques du tableau de Renshi. Cela n’était qu’un exercice de style mais cela m’a permis une fois de plus d’observer la richesse du Kenpo enseigné à notre dojo.


Sensei Philippe           .     



  

En conclusion, les katas constituent un ensemble de techniques et de concepts de combat efficaces qui ont été créés et améliorés après une exposition à de nombreux systèmes et à travers de nombreux maitres. La culture unique de l'île d'Okinawa a créé une situation idéale dans laquelle des compétences de combat efficaces à mains nues pouvaient se développer. Les katas étaient des secrets étroitement gardés qui n’étaient enseignés qu'aux personnes les plus dignes de confiance. Mais divers événements historiques - qui ont été vitaux pour la survie et la propagation du karaté - ont abouti à obscurcir les applications combatives du kata.

Malgré tout, pour ceux qui étudient patiemment et attentivement les katas, on peut encore saisir l’âme du karaté d’autrefois et on peut encore en tirer des bunkais réalistes pour l’autodéfense. Sous les efforts de certains experts, particulièrement depuis une vingtaine d’année on redécouvre l’âme des katas et des trésors qu’ils contiennent. Personnellement, depuis une couple d’années, j’ai commencé à répertorier bons nombres d’application pour les katas Shotokan que je connais. En fait, à date j’en ai pour plus de 500 pages de document Word. À 3-4 applications par page, cela fait près de 2000 applications pour seulement un peu plus de deux douzaines de katas, et cela ne comprend pas toutes les applications possibles ! Comme à l’origine des katas au XIe siècle, cela fait plusieurs applications par mouvement. Malheureusement, je n’en maitrise qu’une petite partie.


La place des katas dans la pratique du karaté aujourd’hui


Les katas forment le programme global du karaté, et nous devons dès lors nous soucier des katas si nous souhaitons nous engager dans ce programme. Le fait que ces techniques soient parvenues jusqu’à nous sans aucun support écrit démontre bien comment les katas pont été un moyen extrêmement efficace de répertorier et préserver les techniques et les concepts combatifs. Mais les katas sont-ils efficace comme méthode d’entrainement ?

Quand nous répétons un kata, ce n'est pas simplement pour mémoriser l'ordre de la forme. Nous devons digérer chaque mouvement, et selon les anciens cela prend au moins plusieurs milliers de répétitions. À l’époque on disait : « D'abord vous devez apprendre par cœur l'ordre du kata. Si vous le répétez 1000 fois, votre kata deviendra bien meilleur qu'avant. Si vous le faites 2000 fois, votre kata deviendra plus puissant, en même temps vous appréhenderez le sens de chacune des techniques. Si vous le faites 3000 fois, votre kata semblera meilleur avec des blocages, des attaques et des techniques de jambes efficaces et réalistes. Alors vous commençerez à apprendre non seulement des blocages et des attaques réalistes, mais aussi le rythme et le tempo, la lenteur et la rapidité, la dureté et la douceur et vous pourrez contracter et défendre votre corps. Après 5000 fois, le kata commencera à devenir votre propre kata ». Funakoshi disait également « Je ne peux pas dire si cinq ou dix mille fois suffisent, mais seulement qu'il est insuffisant d'en faire moins ». Évidemment, il est impossible de pratiquer autant de fois de nombreux katas. Bien sûr, il peut être intéressant de connaître plusieurs katas, car ils peuvent se compléter ou s’éclairer mutuellement. Travailler profondément et spécifiquement quelques katas permet cependant d’en comprendre toute la subtilité. Les maitres pouvaient connaitre plusieurs katas mais, il y en avait seulement quelques-uns qu’ils pratiquaient à fond.

Il y a essentiellement deux façons de pratiquer les katas: le kata solo et le kata travaillé avec partenaire. Dans le karaté moderne, la plupart des gens associent le terme kata avec la pratique solo du kata. Le travail du kata avec partenaire est aussi possible sous forme d’éducatifs, très proches des techniques du tableau de Renshi. Il est quasiment universellement admis que travailler des techniques sous forme d’éducatifs avec partenaire (kata à deux) est une méthode d’entraînement tout à fait valable.

C’est la valeur du kata solo qui aurait plutôt tendance à être remise en question. En effet, cela semble tellement plus sensé de travailler des techniques de combat avec un partenaire que de les effectuer seul. Alors pourquoi pratiquer le kata solo ? Le travail des techniques avec partenaire est indiscutablement une bonne méthode d’entrainement. Cependant, il n’est pas correct d’extrapoler cette vérité jusqu’à dire que le kata solo n’a aucun intérêt. C’est comme dire que monter dans un ring de boxe pour effectuer un combat d’entraînement est bien plus réaliste que de faire du shadow boxing. Donc si on applique la même logique que celle appliquée par certaines personnes envers les katas, on pourrait conclure que puisque combattre est plus réaliste que de faire du shadow boxing, que cette dernière forme d’entrainement ne présente aucun intérêt et dès lors que les boxeurs ne devraient plus faire ce type d’entrainement. Ceci est bien évidemment incorrect, on peut à la fois faire du shadow boxing et effectuer des combats d’entraînement. Le shadow boxing permet d’améliorer les techniques de boxe, la force, la puissance, la rapidité, l’endurance, le rythme, le jeu de jambes et en général les capacités de combattant.

Le kata solo fait partie du karaté et doit être pratiqué comme une partie d’un tout si l’on souhaite en tirer de réels bénéfices combatifs. Les jours où vous n’allez pas au dojo, où vous n’avez pas de partenaire d’entraînement, ou lorsque vous atteignez un certain âge, vous pouvez travailler les katas en solo, et par là même vous conditionner physiquement tout en répétant le curriculum complet des techniques, concepts et mouvements de combat répertoriés par les fondateurs de notre art. Et en plus de vos katas, travaillez le sac de frappe, faites quelques exercices de cardio et d’endurance, et tout autre type d’entraînement solo susceptible d’améliorer vos aptitudes martiales. Les katas ne sont pas une alternative ou un substitut au travail à deux; ils sont le programme qui nous dit quoi faire dans cet entraînement à deux et ils sont également un moyen supplémentaire d’entraînement même lorsque l’on est seul. On peut alors augmenter le volume d’entrainement des techniques d’autodéfense vues en dojo, développer la force, le kime, la coordination, la vitesse d’exécution, l’équilibre, consolider les automatismes que l’on cherche à développer dans le travail à deux, etc.

Cent ans après l'unification d'Okinawa par le Chūzan, le roi d'Okinawa abolit la propriété d'armes pour affaiblir toute opposition ou menace de rébellion. Cette tentative de contrôler la population d'Okinawa eu un effet considérable sur la nature des compétences de combat des autochtones. Dans la majorité des systèmes de combat à travers le monde, les armes ont toujours été le premier choix. Aucun guerrier ne choisirait de se battre à mains nues alors qu'il pourrait utiliser une arme. En raison de l'interdiction des armes, le peuple d'Okinawa n'a eu d'autre choix que d'utiliser ses compétences de combat sans armes en cas d'attaque. À cette époque, tous les nobles d'Okinawa étaient tenus de vivre à proximité du château de Shuri. Cela garantissait la loyauté envers le roi. Les classes supérieures d'Okinawa avaient les ressources, le temps et l'occasion d'étudier activement les arts martiaux. Beaucoup de nobles se sont mis à pratiquer les arts martiaux pour s'assurer qu'ils avaient les compétences nécessaires pour se protéger, maintenir l'ordre et protéger le roi si le besoin s'en faisait sentir. Le karaté est alors passé d'un art guerrier à un art d'autodéfense. C'est à ce moment que l'enseignement du karaté est devenu plus individuel, souvent à l'intérieur du clan familial ou à de petits groupes d'individus triés sur le volet. Les katas sont devenus la principale source d'apprentissage. Leurs secrets étaient jalousement gardés. Ce sont donc les classes supérieures d'Okinawa qui ont été principalement responsables du développement du karaté et non, comme on le pense généralement, les classes inférieures.

En 1609, le Japon était gouverné par le shogunat Tokugawa qui maintenait son pouvoir en contrôlant le clan Satsuma. Sous les ordres de Tokugawa, le clan Satsuma envahit Okinawa. L'invasion fut un succès et, une fois encore, il fut interdit aux Okinawaiens de posséder des armes. Tout habitant d'Okinawa retrouvé en possession d'une arme était sévèrement puni. Pour se défendre, les Okinawaiens n'ont de nouveau pas eu d'autre choix que de s'appuyer sur leurs talents de combattant à mains nues, en plus de l'utilisation combative des outils domestiques et de pêche (ce qui allait devenir le kobudo). Les Japonais ont imposé diverses lois pour éliminer toutes traces des systèmes de combat d'Okinawa. Cela eu pour résultat que le karaté fut pratiqué en clandestinité puisque sa pratique était interdite.

Le clan Satsuma a maintenu le contrôle sur Okinawa pendant près de trois siècles jusqu'à ce qu'Okinawa devienne officiellement une partie du Japon. Le système de combat au sabre utilisé par le samouraï du clan Satsuma était le Jigen-Ryu Bujitsu. Pour protéger le roi, ou les représentants de l’empereur du Japon, certains des nobles d'Okinawa ont été formés à ce système. Sōkon Matsumura (1809-1896) - un maître de karaté - a obtenu son brevet d'enseignement de Jigen-Ryu. Matsumura débuta le karaté vers l’âge de 14 ans. Les qualités de combattant de Matsumura étaient si exceptionnelles qu'il était devenu, dès l'âge de 19 ans, le garde du corps personnel du Roi. Il est aussi rapidement devenu le responsable et instructeur principal de la garde du palais de Shuri (résidence des rois d'Okinawa). Il ne fait aucun doute que certains aspects de Jigen-Ryu Bujitsu auront eu un effet sur le développement du karaté. Matsumura est resté à ce poste sous les 3 derniers règnes des rois d'Okinawa. Ses principaux disciples, en dehors de son propre fils, Nabe Matsumura, furent Hanashiro Chomo, Chotoku Kyan, Azato Yasutsune (instructeur de Gichin Funakoshi), Kentsu Yabu (premier instructeur de Makoto Gima avant qu'il ne devienne un élève de Funakoshi), Anko Itosu (instructeur de Gichin Funakoshi) et occasionnellement Gichin Funakoshi.

Comme mentionné plus tôt, sous le contrôle du clan Satsuma, jusqu'à la fin du XIXe siècle, le karaté fut interdit et sa pratique était faite en secret, souvent la nuit, seulement sur une base d'enseignement individuelle ou à de petits groupes. Lorsque l'interdiction du karaté à Okinawa fut levée les instructeurs de l'époque, sous la direction d'Anko Itsosu voulurent enseigner le karaté à l'ensemble de la population en raison des effets bénéfiques du karaté sur la santé de ses pratiquants. Le véhicule de choix pour apprendre le karaté était les katas. Le karaté était maintenant enseigné à de plus grands groupes. Des modifications ont été apportées pour rendre les techniques de kata plus sportives et moins dangereuses (n.b. cela n'est pas vrai pour tous les katas dont certains ont été peu modifiés par rapport à leur version originale). Les coups de pied à l'aine ont été enseignés comme des coups de pied au ventre ou plus haut. Les coups de pied bas à une articulation du genou allaient devenir des coups de pieds latéraux hauts. Avec le karaté sportif, on vit l'apparition des coups de pieds circulaires (mawashi geri et ura mawashi geri) inexistant dans les katas. Les attaques aux yeux devinrent des coups de poing, etc. Ces nouvelles techniques ne sont pas inefficaces. Elles s'insèrent même dans l'évolution qu'a connue le karaté à travers les siècles. On ne peut que déplorer cependant qu'elles aient pris la place d'autres techniques efficaces en autodéfense.


Le but des katas n'était plus autant l'autodéfense mais plutôt un exercice physique de bien-être. Comme la pratique était maintenant pour toute la population, dont des enfants, on a voulu éviter d'enseigner de nombreux bunkais pour éviter que des techniques dangereuses se retrouvent aux mains de personnes mal intentionnées ou trop immatures pour en mesurer les conséquences. Ainsi, certaines applications originales jugées trop dangereuses qui allaient avec le kata n'ont pas été enseignées à toute une nouvelle génération de karatéka. C'est principalement ce type de karaté et de kata qui furent introduit au Japon. Seuls les disciples proches des principaux maitres purent réellement apprendre l'essence complète des katas. Quelques applications plus avancées ont tout de même été transmises au grand public dans les livres de Mabuni, Funakoshi et d'autres. D'ailleurs, Gichin Funakoshi considérait comme inutile la pratique des katas sans l'apprentissage de leurs applications en situations réelles (Karatedo Kyohan 1935). Ainsi, on voit des luxations et des projections et des dégagements en plus des atémis dans la version originale du Karatedo Kyohan de 1935 de Funakoshi. De nombreux autres grands maitres étaient également très critiques envers les karatékas qui mettaient l'accent uniquement sur la représentation esthétique des katas.

Après la seconde guerre mondiale, l'aspect sportif du karaté finit cependant par l'emporter sur l'enseignement traditionnel et accentua encore plus l'éloignement du kata de son aspect autodéfense. Malgré tout, les katas actuels reflètent encore les éléments essentiels du passé et leur pratique permet l'affinement technique du karatéka.

Il existe bien des avis sur la valeur des katas de karaté. Pour les anciens maitres, les katas sont l'âme ou l'essence même du karaté. Cela a été vrai pendant de nombreux siècles. Pourquoi ne serait-ce plus le cas aujourd'hui? Pour d'autres, les katas sont une pure perte de temps. Par exemple, les combattants des arts martiaux mixtes ou du kick boxing n'incluent pas les katas dans leur curriculum. Même dans le karaté sportif plus traditionnel, il n'y a pas de liens évidents à faire entre le kata et l'efficacité en compétition. Alors, pourquoi pratiquer et comment pratiquer le kata?


Les origines

Pour apprécier l'utilité des katas, il faut savoir que kata a toujours fait partie intégrante de la pratique du karaté. Pour comprendre le kata, il est donc essentiel d'examiner l'histoire et le développement du karaté dans son ensemble.


Celle-ci débute dans les iles Ryūkyū, un archipel situé à peu près à mi-chemin entre la Chine et le Japon. Okinawa est la principale ile des Ryūkyū. Il est à noter que le royaume de Ryūkyū a été contraint de faire partie du Japon comme état féodal en 1872, mettant officiellement fin à l'autonomie des Ryūkyū. En 1879, ce royaume est devenu la préfecture d'Okinawa. Ce n'est donc que dans les années 1870, qu'Okinawa devint une partie officielle du Japon.

De nombreux châteaux furent construits dans les Ryūkyū à partir du VIIe siècle. Ces châteaux étaient le centre du pouvoir des nobles locaux. Plusieurs batailles se sont tenues entre eux pour défendre et étendre leurs territoires respectifs. Épées, lances, arcs et flèches ont bien sûr été utilisés au combat. Mais les épées étaient rares, minces et petite car les ressources naturelles en fer sont presque inexistantes dans les Ryūkyū. Le manque de fer a fait en sorte que la plupart des armes étaient primitives et n'étaient pas des plus solides ou efficaces. Ces armes se brisaient souvent ou glissaient des mains des combattants. On pense donc que ceux-ci ont dû s'entraîner au combat sans arme pour pouvoir continuer se battre au corps à corps au cas où un tel scénario se produirait. Cet art sans arme était généralement appelé « Ti ou Te ou Tui » écrit par le caractère , qui signifie « main ». C'est le même kanji utilisé aujourd'hui dans le mot karaté.

 Au XIe siècle, un certain nombre de guerriers japonais fuyant les guerres Taira-Minamoto se seraient établis dans les iles Ryūkyū. Les techniques de combat de ces samouraïs de Minamoto se seraient amalgamées aux méthodes de combat employées par les guerriers et les nobles d'Okinawa. L'idée principale de l'école des samouraïs de Minamoto était que tous les mouvements efficaces étaient limités à un petit nombre. Qu'il s'agisse de frapper, de saisir, de luxer ou d'utiliser une arme, on enseignait des mouvements physiques similaires. On montrait à un individu un mouvement physique particulier, puis on lui dévoilait comment ce mouvement pouvait être adapté pour obtenir des résultats dans des situations variables. Le rôle du clan Minamoto a été remis en question par quelques historiens mais il demeure probable qu'à cette époque il y ait eu une mixité entre certains samouraïs japonais et la noblesse locale d'Okinawa. 

On enseignait des techniques de combat mais, pour augmenter le volume d'entrainement, le maitre enseignait également en parallèle un enchainement contenant l'essentiel des techniques pratiquées avec un partenaire. C'est à cette époque que seraient apparus les premiers katas rudimentaires. En offrant à un mouvement de multiples applications, de grandes quantités d'informations pouvaient être contenues dans un kata d'une longueur que le pratiquant pouvait facilement gérer. Le kata devenait une sorte d'exercice que devait faire l'apprenti dans les entrainements et entre les entrainements. On testait ainsi à la fois sa motivation, son attitude et la qualité de ses techniques. Dans le kata on pouvait aussi exécuter la technique à vitesse réelle sans aucune retenue et sans risque de blesser son partenaire d'entrainement. Le kata devenait aussi un aide-mémoire au cas où le disciple devait s'absenter ou s'éloigner du maitre pour une période plus ou moins longue. Depuis cette époque, des katas ont régulièrement apparu ou disparu ou furent en constante modifications. Comme pour le Kenpo de Renshi Pierre Marceau, le « tableau » des maitres de cette époque et des époques suivantes était en constante évolution. Cette évolution se fit sentir du vivant même de ces maitres ce qui fit que leur enseignement à 20 ans était différent de celui à 30 ou à 40 ans (cela vous dit quelques choses ?). À la manière du jeu du téléphone, des changements ont aussi continuellement eu lieu entre la transmission des katas d'une génération à l'autre.


L'utilisation d'un nombre restreint de techniques avec plusieurs applications pour chaque mouvement permettait d'assurer une prise de décision rapide au combat puisque le cerveau et la mémoire corporelle ne devait tenir compte que d'un nombre de choix limité parmi celles qui avaient été pratiquées des milliers de fois soit en application de combat, soit en kata. Le kata et le combat étaient donc fortement imbriqués et étaient indissociables l'un de l'autre. On retrouve des rudiments de ces katas élémentaires dans de nombreux katas qui sont encore pratiqués aujourd'hui, ce qui explique qu'un certain nombre de techniques essentielles soient répétées plusieurs fois dans un même kata ou répétées d'un kata à l'autre.


Au XIVe siècle, le roi d'une des régions en guerre d'Okinawa (le Chūzan) fut le premier à créer une relation vassale avec la Chine. Cette relation avec la Chine a fortement influencé la société des Ryūkyū puisque le Chūzan avec l'aide de la Chine a par la suite conquis les autres territoires d'Okinawa. Les relations étroites avec la Chine entrainèrent un afflux considérable de culture et de coutumes chinoises à Okinawa. Les systèmes de combat chinois ont été inclus dans cet échange culturel. Cette relation avec la Chine dura jusqu'au XIXe siècle bien après la conquête des iles Ryükyü par les japonais. Les méthodes des artistes martiaux chinois ont eu une influence considérable sur la croissance et le développement des systèmes de combat natifs d'Okinawa. Ces artistes martiaux chinois ont à la fois transporté avec eux leurs katas et leur façon de combattre. Alors que les méthodes de combat d'Okinawa étaient jusqu'alors basés sur un nombre restreint de techniques, les styles de combat chinois privilégiaient plutôt un grand nombre de mouvements différents. Ces katas ont influencés et ont été influencés par les techniques de combat déjà en place. Encore aujourd'hui, beaucoup de katas portent les noms des artistes martiaux chinois qui les ont diffusés, créés ou inspirés, par exemple Kushanku, Wanshu, Chinto…

Chronique 28 décembre 2018

Est-ce que les katas sont encore utiles au XXIe siècle ?